Retour sur la matinée : récit et photos

L'orientation tout au long de la vie en questions

 

Faut-il se  raconter pour s'orienter ?

Tel était le thème annoncé pour ce 1er rendez-vous  des acteurs de la formation, de l'insertion et de l'accompagnement de la saison 2017-2018.

 

Selon le réseau européen pour l’orientation tout au long de la vie (ELGPN), l’orientation tout au long de la vie (OTLV) est dispensée dans différents cadres tels que l’éducation, la formation, l’emploi, le cadre communautaire et la sphère privée et désigne toute une gamme d’activités qui permettent aux usagers, quel que soit leur âge :

  • d’identifier leurs capacités, compétences et intérêts,
  • de prendre des décisions pertinentes concernant leur éducation, formation et professionalisation.
  • et de mener à bien les choix de vie individuels concernant la formation, le métier exercé et les autres domaines dans lesquels ces capacités sont acquises ou utilisées.

 

Etymologiquement rappelle Francis Danvers[1], s'orienter signifier trouver son orient. Pour cet auteur, l'orientation peut s'entendre dans un triple sens : sensibilité, direction, finalité  et "doit sans cesse considérer l'imbrication de son aspect symbolique, imaginaire, voire fantasmatique avec la réalité."

 

Où placer le curseur entre orientation tout au long de la vie pensée en termes de dispositif « ad hoc » et orientation tout au long de la vie pensée en termes de processus personnel et professionnel de développement ? Qu'est ce qui est déterminant dans un parcours : l'emploi territorial disponible ou les bifurcations choisies ou subies de la vie personnelle ? Telles sont bien les questions posées aujourd'hui aux acteurs de l'orientation.

 

Car, en effet, que signifie s'orienter professionnellement dans un contexte de raréfaction des emplois et de turn-over massif, dans un contexte où les critères d'employabilité varient selon les conditions d'emploi, les secteurs d'activité ?

2/3 des emplois occupés le sont par des personnes non-formées à ce dernier rappelait Bertrand Marquis, directeur de maison territoriale de l'emploi du Val de Lorraine.

Dans cette perspective, l'orientation consiste davantage à rendre accessible des emplois  mouvants et à cette fin l'information joue un rôle capital. Nous sommes passés, explique Véronique Lefèvre, psychologue, et praticienne de l’orientation, du bilan de compétences et sa batterie de tests psychométriques à un accompagnement pour l'information des personnes. La plus-value de l'accompagnement, c'est d'accéder à une meilleure connaissance de son environnement et des opportunités offertes. Dans ce cadre, la posture professionnelle ne serait plus celle de l’expert (prescription /validation de projet), mais celle de l'accompagnateur qui amène la personne à se poser les "bonnes" questions sur son expérience passée et à rechercher les informations pertinentes et utiles pour son avenir.

 

Mais, par ailleurs, qui peut prétendre que son activité actuelle constitue le point d'aboutissement  d'une orientation choisie, rationnellement pensée, dûment documentée et finalisée tout au long de son parcours passé ?

Ainsi que l'a exprimé joliment un des participant : s'orienter c'est à la fois regarder l'avenir à travers le pare-brise et le passé dans le rétroviseur et dans ce jeu de regards, temps passé, temps présent, et temps à venir sont inséparables

Là se joue la dimension essentielle de l'orientation, le retour sur soi et la compréhension de soi. Là se tisse le fil entre expériences vécues et capacités acquises, entre vécu et récit de soi.

Le récit de soi parce qu'il procède de la mise en mots "en soi" procède de l'élaboration de son parcours et de son projet. Le récit de soi, parce qu'il est récit adressé à autrui structure les relations de soi aux autres et à l'environnement.

Dans cet esprit, l'approche par "l'autobiographie raisonnée" que l'on doit à Desroches (1914-1994) ouvre une voie prometteuse aux professionnels de l'orientation.

Dans cet exercice particulier de confrontation à autrui, la personne qui s'oriente, déconstruit et reconstruit ses repères, réexamine ses valeurs et donne ainsi  un sens nouveau à son parcours. C'est ce travail de subjectivation qui va lui permettre d'étayer ses engagements, notamment professionnels, à venir.

Pour autant, ce type d'accompagnement professionnel de l'orientation suppose une professionnalité solidement construite car ainsi que le rappelle Christine Mias[2]  : " Utiliser l’autobiographie comme méthode engage certes l’individu qui réalise cette démarche, mais engage tout autant le groupe qui l’écoute (et dont chacun des membres peut être porteur à son tour) et le formateur qui est garant de son bon déroulement loin d’une finalité démiurgique utopique."

 

Dans toute activité formelle ou non formelle d'orientation, il s’agit bien pour la personne de revisiter le passé au temps présent pour mieux envisager le futur, pourtant, bien souvent, rien ne se passe comme prévu …

Alors faut-il nécessairement se raconter pour s'orienter?

Indéniablement non si l'on entend par là uniquement le caractère injonctif de l'invitation à dévider et argumenter le fil de son curriculum vitae et l'attente d'en tirer automatiquement des décisions pertinentes pour son avenir.

Indéniablement oui si l'on entend par là, le libre exercice du récit de soi, "la mise en enquête" de son parcours, qui vise à configurer le temps pour soi et le refigurer pour les autres (Ricoeur[3]).

 


[1] Danvers,F , université de Lille 3, (2014),dictionnaire de concepts de la professionnalisation, de boeck.

[2] Mias, C (2016) L’autobiographie raisonnée, outil des analyses de pratiques en formation, orientation scolaire et professionnelle, p. 29-45.

[3] Ricoeur, P. (1985) Temps et récit 3 : Le temps raconté, Paris, Seuil (coll. «L’ordre philosophique»), 1985

 

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